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Conseil Général des Côtes d’Armor

Les Côtes d’Armor à Ludovia 2009 

Claudy Lebreton,

Président du Conseil Général des Côtes d’Armor

 

Depuis plus de 10 ans maintenant, les Départements des Côtes d’Armor et de l’Ariège ont établi une coopération dans les domaines touristique, sportif, culturel, des échanges scolaires mais aussi du partage d’expériences entre leurs services respectifs.

LUDOVIA 2009 est l’occasion d’ajouter une nouvelle pierre à cette coopération interdépartementale. Il ne pouvait y avoir en effet de sujet commun plus utile que l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (les TICE) pour le devenir de cette coopération entre deux départements si distants et si singuliers.

Une volonté identique

Les Côtes d’Armor et l’Ariège ont en commun une volonté indéfectible : celle de donner à tous leurs enfants, sans distinction, la chance et les moyens de développer leurs compétences et leurs talents pour s’insérer au mieux dans un siècle nouveau, complexe et multipolaire, où – c’est une évidence de plus en plus admise – seule un intelligence plus collective du monde dans sa globalité et de “l’autre” dans la proximité, permet d’imaginer de “mieux vivre ensemble” demain.

A la condition qu’elles soient bien utilisées par le plus grand nombre, les technologies de l’information et de la communication sont l’un des outils pour intégrer ce monde nouveau. Les logiciels et le multimédia pédagogiques s’avèrent de même être des ressources nouvelles pour “éduquer” nos enfants. En fait, il n’y a pas d’autres solutions pour nous que de miser sur les techniques qui permettent aujourd’hui de fabriquer, de diffuser et de partager de la connaissance et des savoirs tant au niveau local que global. C’est en faisant toujours plus reculer l’ignorance que l’exercice simultanée de la liberté de conscience et de la citoyenneté se renouvelle, s’enrichit dans le temps et permet d’éviter collectivement les plus grands dangers.

En organisant l’université d’Eté Ludovia, depuis 5 ans, le Conseil Général de l’Ariège et ses partenaires de la Région Midi-Pyrénées ont choisi de porter le flambeau de l’usage des nouvelles technologies dans le domaine de l’éducation et de la pédagogie. C’est certes un choix courageux et judicieux mais c’est surtout un choix politique fort, un choix de la raison, du bon sens et tout simplement d’avenir.

Les TICE en Côtes d’Armor

A peu près à la même époque, ce choix, le Conseil Général des Côtes d’Armor l’a fait aussi à sa façon, en misant sur des expérimentations ciblées du cartable électronique, sur la connexion prioritaire à Internet et l’équipement informatique des collèges et des écoles.

Dés 2002, l’idée initiale en Côte d’Armor fut de démontrer l’utilité sociale et éducative des nouvelles technologies. Pour cela fut décidé de doter tous les enfants-malades du département d’un cartable électronique leur permettant de poursuivre leur scolarité, de rester en contact avec les enseignants, avec leur classe et leurs amis. Pertinent, le dispositif a été reconduit d’année en année puis élargi aux enfants déficients visuels et aux handicapés moteurs. En 2008, 200 enfants en centre de soins et 50 enfants à domicile ont été concernés par l’utilisation de cartable électronique, ou d’un matériel informatique adéquat, subventionné par le Conseil général.

Cet équipement a été proposé également aux élèves en difficulté afin de les aider à reprendre pied dans le milieu scolaire. Un bilan de l’expérimentation, démarrée en 2004 , portant sur des cartables numériques en zones (et réseaux) d’éducation prioritaire, a conduit en 2008 à une réorientation. En effet, les 5 collèges qui en ont bénéficié jusqu’en juin 2007, devant l’importance du budget consacré à cette expérimentation, ont préféré diversifier l’équipement informatique de leurs établissements et passer d’un matériel individualisé à un équipement sous forme de classes numériques. Le matériel déjà en place va être complété par la dotation des élèves en clés USB de façon à ce que chacun, en l’absence pour l’instant d’espace numérique de travail en ligne, puisse transporter des ressources pédagogiques ou des travaux numériques entre le collège et le domicile.

Par ailleurs, un plan d’implantation de classes numériques mobiles est établi sur 5 ans afin que chaque collège puisse bénéficier d’au moins une classe mobile, un équipement composé de 15 portables, d’une armoire mobile wifi, d’un tableau blanc numérique et d’un vidéoprojecteur..

L’informatisation des collèges publics est donc désormais l’un des principaux axes de la politique choisie. On recense aujourd’hui un ordinateur pour 6 collégiens. Le Conseil général achète ainsi 600 ordinateurs chaque année. Le parc est composé de plus de 3.000 ordinateurs, sur la base d’une rotation tous les 5 ans. Le Conseil général accompagne également l’informatisation des écoles et des collèges privés. Le but étant d’assurer l’égalité des élèves devant les nouvelles technologies.

Parallèlement, ont été lancées deux expérimentations complémentaires dans le domaine des cours à distance et du soutien scolaire.

Afin de permettre aux collèges des cantons ruraux de disposer d’une offre pédagogique variée et de sauvegarder des cours spécifiques destinés à un nombre limité d’élèves, un projet de visiocours à été mis en place. Quatre collèges fonctionnant deux par deux (Corlay et Saint-Nicolas-du-Pelem ; Collinée et Merdrignac) ont été dotés d’une salle de classe spécifique comptant 16 postes de travail, un poste pour le professeur, un tableau numérique et un vidéo projecteur, une caméra , un écran pour réunir les usagers de sites distants, une liaison haut débit entre chaque site. Ce dispositif est intégralement opérationnel depuis la rentrée de septembre 2004. Son fonctionnement est très facile et a permis de supprimer totalement des déplacements d’élèves qui, par exemple s’effectuaient à raison de trois demi-journées par semaine entre deux collèges de zones rurales (Corlay et Saint-Nicolas-du-Pelem)  Le système s’est avéré également utile pour le dialogue à distance entre les équipes pédagogiques. Enfin, les collèges des cinq communes qui disposent de ces équipements ouvrent désormais leurs portes, en dehors des heures scolaires, aux entreprises, aux associations, aux équipes municipales et d’élus pour des sessions de formations continues, des stages d’initiation à l’informatique et des réunions multisites à distance.

Pareillement dans le domaine de l’accompagnement scolaire, le Département des Côtes d’Armor a souhaité innover par la mise en œuvre des nouvelles technologies. Un partenariat avec Paraschool propose aux élèves et aux enseignants de plusieurs collèges de l’académie d’expérimenter un service en ligne d’accompagnement scolaire interactif et personnalisé. Il s’agit concrètement d’une plateforme de soutien scolaire sur internet, accessible grâce à un abonnement unique pour le département, financé par le Conseil général. Au cours de la première année d’expérimentation 2006/2007, 1.658 élèves se sont connectés sur le site de Paraschool. Plus de 8.979 heures de soutien et d’accompagnement scolaire ont ainsi été dispensées. Dés la deuxième année; environ 15 % (part moyenne des élèves pour lequel un soutien scolaire est nécessaire) des collégiens inscrits dans les établissements-tests, ont recouru à ce service. Cette expérimentation a été jugée positive. A partir de la rentrée 2008, le Conseil général a décidé de financer son extension à tous les collèges publics qui le souhaitent (30.000€/an). Plus de 3000 collégiens seraient concernés.

Ainsi, en Côtes d’Armor, comme dans la grande majorité des autres départements français, le défi de l’éducation à l’âge de l’Internet, du numérique et du multimédia, a commencé à être relevé. Il ne pouvait pas en être autrement.

Un défi commun

 Tous les exercices de prospective conduits au cours de ces dix dernières années au niveau international, européen, national et local, convergent vers un seul même constat : l’éducation tout-au-long de la vie est la pierre angulaire du futur des peuples et des territoires.

Aujourd’hui, nous sommes tous mis au défi de considérer l’information, la formation, les savoirs et la connaissance comme les matières premières primordiales du XXIe siècle. Les technologies de l’information et de la communication ne sont rien d’autres que les moyens d’exploiter cette matière première, d’y ajouter de la valeur, de la partager et de l’échanger. En une décennie, les révolutions numérique et de l’internet, ont amplement démontré cela en faisant vaciller nos représentations de “l’apprenant et du sachant”, du “soigné et du soignant”, de “l’administré et de l’administrant”, en bref “du maître et de l’élève”…

Nous devons avoir à l’esprit que nous sommes au tout début de la révolution éducative, qu’en tant que collectivité territoriale française, l’essentiel du chemin est devant et qu’il va nous falloir courir vite, ensemble, en équipe, si nous ne voulons pas voir exploser les disparités territoriales en France.

Avons-nous comblé notre retard ?

Selon la Commission Européenne, en 2006, la France se situait dans la moyenne européenne pour le nombre d’élèves par ordinateur : 12ème rang pour le primaire, 9ème rang pour les collèges et 7ème rang pour les lycées. Un retard s’observait également, pour le pourcentage d’établissements scolaires ayant un accès haut débit à internet (75 % pour une moyenne européenne pour 67 %). Plus encore, les indicateurs d’usages étaient inquiétants : la France se plaçait au 24ème rang selon l’indicateur synthétique mesurant les usages en classe (soit 19 pour une moyenne européenne à 38). De même selon le pourcentage d’enseignants ayant utilisé des ordinateurs en classe au cours des 12 derniers mois, la France se plaçait au 19ème rang (66 % pour une moyenne européenne à 74 %). Nous avons beaucoup investis depuis 3 ans mais nos voisins européens ont fait de même. Il n’est pas certain que nous ayons significativement gagné des places dans ce palmarès. Comment faire mieux et plus vite ?

Coopérer pour dépasser un paradoxe

Les collectivités territoriales françaises sont aujourd’hui dans une situation paradoxale. D’un coté, partout la conscience s’aiguise sur le fait que leur avenir dépend de la qualité de leur système d’éducation tout-au-long de la vie. De l’autre, elles ne sont pourvoyeuses que de ressources financières pour équiper la matrice de leur système éducatif, à savoir l’école. Tout se passe comme si elles avaient l’obligation d’apporter tout un système de distribution d’eau sans disposer de la possibilité de savoir si cette eau est bue, appréciée, comment et par qui, ou encore d’améliorer sa qualité ou sa mise à disposition.

Ce paradoxe ne pourra être dépassé qu’en posant localement et globalement un nouveau regard sur le système scolaire. Comme l’économiste Eric Maurin le souligne dans son livre « La nouvelle question scolaire », « l’école n’est […] pas simplement un lieu où se transmettent des connaissances. C’est également une institution où se façonnent les dispositions ultérieures à vivre en harmonie, en confiance avec les autres, ou au contraire en compétition avec eux et dans la défiance à leur égard ». 

Participer à la création de “ces dispositions ultérieures” est désormais primordial pour les collectivités territoriales, les communes, les départements comme l’Ariège ou les Côtes d’Armor, les régions comme la Bretagne ou Midi-Pyrénées, car c’est de ces dispositions que dépendront demain leurs identités et leurs capacités à s’insérer dans leXXIeme siècle, à innover et à se développer.

Des nouvelles coopérations inter-collectivités, entre les collectivités territoriales et l’Etat et entre les différentes communautés éducatives impliquées (familles, élèves, enseignants, formateurs, acteurs culturels et sociaux, entreprises, etc…) sont à créer pour prendre la vraie mesure de ce défi de l’e-éducation et agir en évitant que la concurrence s’installe entre les territoires, entre les institutions, entre le public et le privé. Il y va ici de la cohésion républicaine.

Au delà de l’amitié qui lient les conseils généraux des Côtes d’Armor et de l’Ariège, la présence des Costarmoricains au nombre des partenaires de Ludovia 2009 ne s’explique pas autrement que par la volonté de dire que ces coopérations sont vitales, que par le souci d’apporter sa contribution à celles-ci et le souhait de progresser au plus vite grâce à elles.